25/09/2016

Alain Bertho, sur la mondialisation et la radicalisation...

Alain Bertho dans une interview sur Médiapart à propos de son livre "les enfants du chaos ": 
Nous vivons depuis plus de dix ans une période historique particulière à l’échelle mondiale, que j’ai qualifiée dès 2009 de « Temps des émeutes »[1]. Ce que nous avons appelé au XIXèmeet XXème siècle la politique, c’est à dire une puissance subjective collective permettant aux mobilisations de s’inscrire dans une stratégie vis-à-vis du pouvoir, n’est plus là. Avec la mondialisation financière, les États, quels que soient les régimes, se sont séparés de leurs peuples et ne rendent plus de comptes qu’aux marchés financiers ou institutions interétatiques. Les Grecs en ont fait la tragique expérience. Nous vivons un effondrement des dispositifs politiques de représentation.

 Présentation du livre dans la 4ème de couverture :
« Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte et, croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel. » Cette sombre prophétie de Jacques Lacan en 1959 décrirait-elle le monde des années 2010 ? Les guerres qui ravagent le Moyen-Orient menacent-elles d’aspirer toutes les désillusions politiques et les révoltes désespérées de la génération qui vient ? La « radicalisation de l’islam » est-elle à l’origine de ce drame et des actions terroristes dans le monde entier ?
Pour répondre à ces questions, Alain Bertho déplace les cadres d’explication habituels. Il montre que le chaos qui pointe est très loin d’avoir le djihad pour seul moteur : c’est d’abord l’ébranlement de la légitimité des États par la mondialisation, la crise généralisée de la représentation politique, la recherche d’une légitimité sécuritaire par les puissants qui ont fait le lit de la violence du monde. Et qui expliquent pourquoi, depuis les années 2000, se multiplient sur tous les continents des émeutes et des attentats aux motivations multiples, dont l’auteur brosse ici un tableau saisissant.
Quand la fin du monde semble à nombre de jeunes plus crédible que la fin du capitalisme, la révolte tend à prendre les chemins du désespoir et du martyre. La clôture de l’hypothèse révolutionnaire a ainsi ouvert la voie à la rage des enfants perdus du chaos politique et humain de la mondialisation néolibérale. Toutes les polices et les armées du globe ne pèseront guère devant cette fascination de la mort. Seul peut y répondre l’espoir collectif en un autre possible, fondé sur une nouvelle radicalité tournée vers l’avenir. Ses prémisses sont là, partout dans le monde. L’enjeu est de les faire grandir.


1 commentaire:

  1. Bonjour et merci, Jacques, pour ce blog qui fait des trous de lumière dans le rideau noir qui nous entoure...
    J'apprécie tout particulièrement la référence à Alain Bertho. Nous devons prendre acte de l'échec de nos tentatives pour stopper l'avancée du capitalisme financier qui délégitime les Etats et la politique, et ouvre la voie à tous les désespoirs et illusions, y compris les plus morbides.
    C'est sur la base d'un constat lucide que l'on pourra reconstruire des voies de sortie. Les enjeux environnementaux donnent des espaces pour réfléchir et agir, du niveau élémentaire autour de soi, jusqu'aux grands enjeux planétaires. Il y a des multitudes de terrains à investir, pour les jeunes, et aussi à se former pour devenir des "militants experts" ou "experts militants" sur ces terrains, ici ou ailleurs.
    Jacques Ould Aoudia

    juste un mot sur le site et les commentaires: la commande "choissez un profil" n'est pas claire

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