Un très important rapport sur l’éducation vient d’être publié par l’ONU. Il m'a été adressé par un ami américain qui faisait partie des 5 rapporteurs.
Un premier passage vous donne un avant-goût du contenu:
... Là où les tendances économiques, technologiques, démographiques et géopolitiques se heurtent à la faiblesse de certains systèmes éducatifs, les risques de précarité, de radicalisation et de déclin économique sont les plus élevés. Si le monde ne munit pas tous les jeunes des compétences nécessaires pour participer à l'économie future, le prix de l'inaction et du retard pourrait s'avérer irréparable. Il existe, et doit exister, une meilleure solution....
Ce rapport remarquable, pointe les insuffisances mais propose aussi un plan pour apporter des solutions. Pour vous inciter à lire au moins le résumé (http://report.educationcommission.org/wp-content/uploads/2016/07/Learning_Generation_Exec_Summary-FR.pdf) je vous propose ci-aprés quelques extraits qui m'ont paru particulièrement parlants:
La pénurie
grandissante de main d'œuvre qualifiée finira par ralentir la croissance
économique, avec des répercussions sociales et politiques de grande ampleur.
En 2030, dans les pays à faibles revenus, selon
les tendances actuelles, seulement un jeune sur dix sera en voie d'acquérir des
compétences basiques correspondant au niveau
de l'enseignement secondaire.
………………..
Dans de nombreux pays, l'éducation ne s'améliore pas et
les enfants accumulent un dangereux retard ; 263 millions d'enfants et de jeunes
ne sont pas scolarisés, et le nombre d'enfants en âge d'aller à l'école
primaire mais qui n'y vont pas ne cesse de croître. Dans le cas des enfants
scolarisés, nombre d'entre eux n'apprennent pas vraiment. Dans les pays à
faibles et moyens revenus, seule la moitié des enfants en âge d'aller à l'école
primaire et un peu plus du quart de ceux en âge d'aller dans le secondaire
acquièrent les compétences basiques du niveau du primaire et du secondaire.
…………………..
Si nous n'agissons pas, cette crise de l'apprentissage
ralentira considérablement l'avancée vers le plus essentiel des objectifs
de
développement : mettre un terme à l'extrême pauvreté. D'après les tendances
actuelles, plus d'un quart de la population des pays à faibles revenus devrait
vivre dans une pauvreté extrême d'ici à 2050. Les conséquences sur la santé
seront tout aussi sévères. Les prévisions suggèrent que d'après les tendances
actuelles, d'ici à 2050, le nombre de vies perdues chaque année faute de
pouvoir permettre un accès correct à une éducation de qualité devrait égaler le
nombre de morts liées au VIH/SIDA et au paludisme, deux des maladies les plus
mortelles au monde.
……………….....
Là où les tendances économiques, technologiques,
démographiques et géopolitiques se heurtent à la faiblesse de certains systèmes
éducatifs, les risques de précarité, de radicalisation et de déclin économique
sont les plus élevés. Si le monde ne munit pas tous les jeunes des compétences
nécessaires pour participer à l'économie future, le prix de l'inaction et du retard
pourrait s'avérer irréparable. Il existe, et doit exister, une meilleure
solution.
Un dollar investi dans une année d'école supplémentaire,
notamment chez les filles, génère 10 USD de bénéfices financiers et sanitaires
dans les pays à faibles revenus et près de 4 USD dans les pays à revenus
intermédiaires. Près d'un tiers des réductions de la mortalité adulte depuis
1970 peut être attribué à des avancées dans l'éducation des filles et des
jeunes femmes. Ces bénéfices pourraient se décupler à l'avenir avec les
améliorations en termes de qualité et d'efficacité de l'enseignement proposées
dans ce rapport.
Au final, la valeur de l'éducation est en phase
d'amplification, car c'est elle qui déterminera si les principales tendances de
ce siècle (technologiques, économiques et démographiques) sauront créer des
occasions ou pérenniser les inégalités ; en outre, il
s'agit du principal
facteur commun permettant de surmonter les difficultés d'ordre mondial qui se
posent à l'humanité.
Les
propositions pour inverser le cours des choses :
Créer une génération d'apprenants
La commission pour l'éducation conclut qu'une génération
devrait suffire à faire en sorte que tous les jeunes se rendent à l'école et
apprennent ; malgré l'ampleur de la tâche, nous pouvons créer une génération
d'apprenants. La commission incite ses partenaires en développement à se
rallier à cette vision audacieuse.
Il s'agirait alors du plus grand essor des
opportunités éducatives de toute l'histoire.
Nous savons qu'il s'agit là d'une possibilité, car un
quart des pays mondiaux est déjà sur la bonne voie. Si tous les pays
accéléraient leurs progrès afin d'atteindre le rythme de ceux faisant partie
des 25 % des améliorateurs d'éducation les plus rapides, tous les enfants des
pays à faibles et moyens revenus pourraient accéder à une éducation de niveaux
pré-primaire, primaire et secondaire de qualité, et un enfant issu d'un pays à
faibles revenus aurait autant de chances d'atteindre le niveau de base en
matière de compétences liées au secondaire et de jouir d'une éducation
post-secondaire qu'un enfant provenant aujourd'hui d'un pays à revenus élevés .
Il s'agirait alors du plus grand essor des opportunités
éducatives de toute l'histoire. Les pays mettant l'accent sur les
investissements et les réformes afin d'atteindre ces objectifs en tireront
d'immenses bénéfices qui seront bien plus importants que les coûts. Ils
acquerront les avantages économiques
qui accompagnent une main-d'œuvre éduquée,
dotée des compétences nécessaires pour défendre sa place dans l'économie du
XXIème siècle. Sur le plan individuel, l'ensemble des avantages économiques se
traduiront également par des gains considérables en matière de revenus et de
niveau de vie. De manière générale, la commission estime que, si les enfants
issus de pays à faibles revenus qui commencent la maternelle aujourd'hui
pouvaient bénéficier des avantages liés à la vision de la génération
d'apprenants, ils pourraient s'attendre au cours de leur vie à gagner cinq fois
plus que leurs parents, une valeur douze fois supérieure au coût total de leur
éducation.
Un accord financier pour la génération
d'apprenants
Afin de créer cette génération d'apprenants, la
commission demande un accord de financement entre les pays en développement et
la communauté internationale, accompli grâce à quatre transformations
éducatives – en performance, en innovation, en inclusion et en financement.
Dans le cadre de cet accord, les gouvernements nationaux
s'engageraient à réformer leurs systèmes éducatifs afin de maximiser
l'apprentissage et l'efficacité et de garantir que chaque enfant ait accès à
une éducation gratuite de qualité, des classes de niveau pré-primaire à celles
du secondaire, grâce à une augmentation graduelle et soutenue par un
financement national.
Là où les pays s'engagent à investir et à réformer, la
communauté internationale se tiendrait prête à offrir le financement et
l'encadrement accrus nécessaires pour soutenir les pays visant à transformer
leur éducation. Il s'agirait entre autres de mobiliser de nouveaux financements
issus d'un
large éventail de sources, notamment par l'établissement
d'un
nouveau mécanisme d'investissement dans l'éducation afin d'aider à ajuster les
financements provenant de banques multilatérales de développement.
L'accord mettrait en place un cercle vertueux au sein
duquel l'investissement dans l'éducation mènerait à des réformes et des
résultats, qui à leur tour donneraient lieu à de nouveaux investissements.
L'accord devra être étayé par de nouveaux mécanismes
de
responsabilité qui permettront de démontrer clairement
si les pays en
développement et la communauté internationale assument bel et bien leurs
responsabilités en termes d'éducation.
Aujourd'hui, dans un trop grand nombre d'endroits,
davantage d'argent ne mène pas forcément à de meilleurs résultats. Les efforts
menés pour améliorer l'éducation donnent lieu à des résultats très variables,
où des investissements et réformes similaires ont diverses conséquences dans
différents endroits. Ainsi, le Vietnam dépense à peu près la même somme en
éducation par élève que la Tunisie, en pourcentage du PIB par habitant.
Pourtant, en Tunisie, seulement 64 pour cent des écoliers réussissent
l'évaluation internationale d'apprentissage dans le secondaire, chiffre qui
s'élève à 96 pour cent au Vietnam.
…………………
La commission recommande aux décideurs d'investir dans ce
qui a déjà fait ses preuves en matière de résultats.…
Par exemple, alors qu'il existe des preuves tangibles en
faveur d'un apprentissage dispensé dans la langue maternelle, la moitié des
enfants issus de pays à faibles et moyens revenus reçoivent un enseignement
délivré dans une langue autre que la leur.
Recourir à la technologie dans le cadre de
l'enseignement
et de l'apprentissage ouvre d'immenses possibilités permettant
de transformer l'éducation à tous les niveaux. D'ici à 2020,
tout le monde ou presque
possédera un téléphone portable,
2,6 milliards de gens auront des smartphones
et 56 pour cent auront accès à Internet. L'apprentissage numérique permettra
d'atteindre à moindre coup de nouveaux apprenants auparavant exclus, de
rehausser le niveau de l'enseignement et d'offrir de nouvelles manières d'acquérir
des compétences. Ce mode de communication pourrait s'avérer particulièrement
pertinent
au niveau post-secondaire, où améliorer l'accès, les prix et la
pertinence de l'enseignement sera d'autant plus important. Toutefois,
aujourd'hui, un accès inégal à Internet et aux technologies numériques risque
d'exacerber les inégalités existantes dans l'apprentissage. Dans les pays les
plus pauvres, seulement une personne sur dix est connectée. Dans de nombreux
pays en développement, moins de 10 pour cent des écoles sont connectées à
Internet.
Aucun pays s'étant engagé à investir et à réformer son
système éducatif
ne devrait être empêché d'atteindre ses objectifs à cause
d'un manque de ressources.
Afin de créer la génération d'apprenants imaginée par la
commission, il faudra faire passer les dépenses en éducation de 1,2 millier de
milliards par an à 3 milliers de milliards d'ici à 2030 (en prix constants)
dans tous les pays à faibles et moyens revenus.
Les dirigeants doivent mobiliser plus de ressources
nationales pour l'éducation. D'après le programme d'investissement pensé par la commission, les pays
à faibles et moyens revenus doivent augmenter leurs dépenses publiques
nationales consacrées à l'éducation et passer d'environ 1 millier de milliards
d'USD en 2015 à 2,7 milliers de milliards d'ici à 2030, soit de 4 à 5,8 pour
cent du PIB, ce qui nécessiterait un taux de croissance annuel de 7 pour cent
en ce qui concerne les dépenses publiques liées à l'éducation. Les
gouvernements doivent allouer à l'éducation une plus grande partie des recettes
issues de la croissance en réaffectant les dépenses, en générant plus de
revenus, ou les deux.
En outre, les gouvernements doivent songer à réaffecter
leurs ressources en puisant, par exemple, dans les onéreuses subventions à
l'énergie et penser à réserver des ressources à l'éducation, parallèlement à
des réformes fiscales plus importantes.
Enfin, la commission recommande la mise en place
d'un
mécanisme d'investissement pour l'éducation lié à une banque multilatérale de
développement (BMD). Ce mécanisme
garantirait que l'éducation tire profit de l'occasion sans précédent
d'accroître les financements de la BMD grâce à
une plus grande optimisation de
leurs bases de capital. Cela permettrait d'augmenter la capacité de prêts de la
BMD de plus de 70 pour cent. La commission estime que mettre en place un tel
mécanisme pourrait mobiliser 20 milliards d'USD ou plus annuellement de la part
de BMD pour l'éducation d'ici à 2030 (chiffre s'élevant aujourd'hui à 3,5
milliards d'USD).
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